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Modélisation des cliniques des situations limites et extrêmes de la subjectivité

 

Modélisation des cliniques des situations limites et extrêmes de la subjectivité et transposition du modèle psychanalytique traditionnel à d’autres terrains de soin

Les travaux concernant cet axe de recherche ont un très fort impact national et international, et ont véritablement fait évoluer les paradigmes de la psychopathologie clinique ces dernières années. De nombreux concepts issus de ces recherches sont maintenant littéralement « passés dans le domaine public » : « situations limites et extrêmes », « problématiques narcissiques-identitaires », « symbolisation primaire » - et plus généralement l’insistance mise sur la symbolisation – « l’homosensualité (ou « homosexualité ») primaire « en double » - et tout le « travail « en double » et en échoïsation - pratiques « en côte à côte », « dispositifs analysants et symbolisants », « séduction narcissiques » etc.

En premier lieu, nos recherches, qui portent principalement sur l’évolution de la psychopathologie contemporaine, en particulier sur les situations limites et extrêmes de la subjectivité nécessitent une méthodologie originale et spécifique, qui a été construite et validée par les chercheurs du CRPPC. Notre hypothèse méthodologique fondamentale concerne la manière dont les patients souffrant d’une pathologie narcissique- identitaire s’affrontent aux dispositifs de soins de type « analysants » et provoquent des « situations limites » de la psychothérapie « analysante », c’est-à-dire différentes situations qui placent le dispositif analysant en situation paradoxale, par exemple l’aggravation de l’état clinique manifeste du patient ou, dans un dispositif à médiation, le refus ou l’impossibilité d’utiliser l’objet médiateur. L’identification de ces différentes « situations limites » des dispositifs analysants, comme ceux des médiations thérapeutiques, a permis de comprendre qu’elles étaient aussi d’excellents « analyseurs » du dispositif lui-même dans la mesure où il symbolise la symbolisation, qu’il est le lieu du transfert de ses réussites et avatars, et qu’ainsi était aussi ouverte la possibilité d’une méthodologie spécifique et très heuristique pour l’analyse des dispositifs de soin. Il s’agit donc aussi d’explorer les formes fondamentales de la psychopathologie à l’appui de la modélisation des différents dispositifs de soin, à médiation ou d’autres types, accueillant les cliniques des souffrances identitaires et des pathologies graves du narcissisme.

Cette analyse a montré que l’évolution actuelle de la psychopathologie a pour conséquence de rendre en partie trop limitée voire inefficace les modalités traditionnelles de recueil des données cliniques. Sur le plan méthodologique, l’approfondissement de nos recherches fondamentales en psychopathologie, sur les souffrances identitaires et les situations limites et extrêmes nécessite donc à la fois le remodelage des dispositifs de soin traditionnels, et l’invention de nouveaux dispositifs de soin qu’il devient impératif d’explorer pour poursuivre la recherche. Le CRPPC a donc créé de nouvelles méthodes de recherche clinique pour explorer les formes fondamentales de la psychopathologie. Dès lors, la problématique d’ensemble du projet consiste à proposer un remodelage des modèles, pour pouvoir penser ces nouvelles problématiques cliniques et les dispositifs de soin adéquats.

Le fondement de la méthode clinique est l’écoute de l’associativité psychique et de sa polymorphie. Les recherches du CRPPC mettent en effet particulièrement l’accent sur la prise en compte non seulement de l’associativité verbale, mais aussi de l’associativité sensorimotrice, autrement dit des formes de l’associativité propre au langage du corps, de l’acte et de l’affect. Les formes de l’associativité sensorimotrice et plus généralement corporelles et affectives, apparaissent en effet importantes dans les cliniques limites et extrêmes, par exemple dans les problématiques « borderline », psychotiques et autistiques. Il revient au CRPPC d’avoir impulsé des travaux tout à fait novateurs sur cette question, tant au niveau de l’exploration théorique des textes freudiens ou des psychanalystes contemporains, qu’au niveau des méthodologies et du reformatage de dispositifs de soin appropriés aux cliniques des limites et de l’extrême.

Notre méthodologie de techniques de recueil des données se fonde ainsi sur l’observation clinique des diverses formes de l’associativité, sur les entretiens cliniques de recherche, sur les outils projectifs, sur les échelles d’évaluation et la construction de nouvelles grilles d’évaluation spécifiques à l’approche clinique, ainsi que sur les monographies. Une partie des recherches se réfère aussi à la métapsychologie de l’approche psychanalytique des groupes, fondée en grande partie sur les travaux de R. Kaës (professeur émérite au CRPPC). Cette approche est actuellement prolongée par les enseignants chercheurs appartenant au réseau interuniversitaire "Groupe et lien intersubjectifs", tant au niveau de la recherche fondamentale que des méthodologies propres à cette approche.

Ces recherches relatives à la psychopathologie contemporaine concernent notamment des pathologies graves du narcissisme et des « situations limites et extrêmes » de la subjectivité, soit les pathologies narcissiques-identitaires (concept proposé par le CRPPC) de sujets en difficulté majeure pour accéder aux processus de symbolisation, comme les cliniques de l’autisme, de la psychose, de la criminalité, les cliniques psychosomatiques... Elles sont étudiées à partir des « situations limites » des dispositifs soignants et c’est pourquoi une recherche fondamentale sur ceux-ci est nécessaire. Les recherches proposées concernant les dispositifs de soins innovants ou émergeants ne doivent donc pas être considérées comme des recherches-actions. Il s’agit au contraire de recherches fondamentales concernant les dispositifs de recueil des données cliniques de recherche, c’est-à-dire des recherches qui visent à proposer les premiers linéaments d’une théorie générale des dispositifs « analysants » et « symbolisants » (ou facteurs de symbolisation), que sont les dispositifs de soin en psychopathologie lourde. Cette recherche doit être comprise dans sa dialectique avec la recherche conceptuelle et fondamentale. Les dispositifs cliniques classiques ou standard ont déjà livré de très nombreux résultats mais ils présentent des limites quand il s’agit de travailler avec les cliniques des limites et de l’extrême. La poursuite des recherches concernant ces formes de pathologies du narcissisme et de l’identité commande que de nouveaux dispositifs soient explorés et modélisés, sans quoi la validité des observations et matériaux cliniques reste incertaine ou trop limitée. L’un des projets forts de l’ensemble de l’équipe du CRPPC a consisté précisément à faire ce travail de mise au point de ces nouveaux dispositifs et de leur modélisation théorique, leur utilisation méthodologique est subordonnée à une telle tâche.

Dans notre démarche il s’agit donc de partir des difficultés et échecs des démarches cliniques traditionnelles pour essayer d’ouvrir de nouvelles voies d’approche tant au niveau des dispositifs qu’au niveau des modèles théoriques qui sous tendent l’action des cliniciens. Par exemple, mais il est central, l’un des implicites aussi bien théorique que pratique de nombre d’approches des pathologies du narcissisme, quand celles-ci ont des incidences identitaires, est que l’on peut modéliser le fonctionnement psychique des sujets, en ne prenant en compte que le rapport du sujet à lui-même c’est-à-dire de manière somme toute « narcissique ». On cherche donc à penser les impasses du narcissisme avec un schème qui lui-même est « narcissique » ou, pour le moins solipsiste. Dans une telle situation nous proposons de « faire un pas de côté » pour nous dégager de cet implicite et modifier le cadre avec lequel la situation est pensée. Par exemple en changeant le contexte ou le cadre de référence de l’analyse, en réintroduisant dans la réflexion les réponses et réactions des « objets significatifs », avec lesquels le sujet s’est construit, et la dialectique qui s’est établie entre les constructions « narcissiques » du sujet et les réponses de l’environnement humain significatif pour ce sujet là.  L’échec de l’approche traditionnelle est ainsi analysée moins en fonction d’une prétendue inanalysibilité du sujet que du contexte de référence avec lequel il a été écouté et pensé. Notre démarche déplace l’analyse de la prise en compte des caractéristiques du seul sujet, appréhendé de manière isolée, en direction de la prise en compte d’un sujet « en situation » de rencontre avec des objets présentant certaines particularités dans leur réponses aux mouvements et élans pulsionnels et affectif du sujet considéré. L’analyse se porte alors sur les réponses qui produisent ou contribuent à produire la mise en impasse du fonctionnement « narcissique » du sujet telle que nous pouvons la rencontrer dans les situations limites ou extrêmes de la subjectivation.

 

Pour rendre compte du fort impact national et international de ces travaux, quelques données suffiront : de 2012 à 2014, trois manuels présentant une théorie générale des dispositifs de soin en psychologie clinique psychanalytique et centrés autour de la transposition du modèle psychanalytique traditionnel à d’autres terrains de soin et à d’autres modalités de psychothérapies ont été publiés : « L’entretien Clinique » 2013 Armand Colin (Dir. P.Attigui et B. Chouvier), « Manuel des médiations thérapeutiques » 2013 Dunod (Dir. A. Brun, B. Chouvier et R. Roussillon), « Manuel des pratiques cliniques » 2013 Masson (R. Roussillon). Ces manuels ont connu un succès éditorial important sur le plan national, ainsi qu’en Belgique et en Suisse, et deux d’entre eux ont déjà été réédités, après un premier tirage à 1500 exemplaires. Sur le plan international, il faut noter des traductions réalisées (Roumains) ou en cours (Italien, Espagnol, Portugais, Russe) et de très nombreuses conférences invitées à l’étranger (187), précisément sur ces thématiques, ainsi que des projets en cours de traduction en portugais de deux de ces ouvrages.


mise à jour le 19 avril 2016


Contacts

Directrice: Anne BRUN, annebrunlyon@orange.fr
Directrice adjointe: Magali RAVIT, magali.ravit@wanadoo.fr
Coordinatrice de recherche: Eliane GASTALDO, eliane.gastaldo@univ-lyon2.fr
Gestionnaire financier: Farida MARTINEZ, farida.matinez@univ-lyon2.fr
Université Lumière Lyon 2