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Axe « Clinique du social contemporain »

 
Coordonnateurs :
Pr P. Mercader, J. P. Durif (MCF/HDR)

Alors que trop souvent, notamment sur la scène publique, les discours sociologiques et psychanalytiques, ou du moins certains d’entre eux, s’opposent, nos travaux, au contraire, visent à une véritable articulation des points de vue clinique, d’une part, centré sur la prise en compte des processus intrapsychiques et intersubjectifs, et constructiviste, d’autre part, centré sur la critique des catégories de pensée dans leur dimension d’assignation identitaire potentiellement aliénante. Cette problématique s’appréhende à travers la notion de relation asymétrique, qui paraît avoir une portée heuristique en ce qu’elle condense toute une problématique, composée de plusieurs dimensions articulées entre elles, aussi bien au niveau social voire politique, que dans les liens interindividuels.

L’asymétrie des relations s’entend d’abord en son sens mathématique, structurel, comme une dissemblance des places et des fonctions. C’est l’idée que la réciprocité des liens n’implique ni la similitude des positions subjectives et institutionnelles, ni celle de ce qui est échangé ; la transmission intergénérationnelle en est un exemple, ainsi que les effets directs du dimorphisme sexuel (les fonctions dissemblables des hommes et des femmes dans le processus de reproduction), ou encore la relation d’aide, de soin, etc. Dire que cette dissemblance est structurelle signifie qu’elle fonctionne comme point de butée, limite : le dimorphisme sexuel fait limite au polymorphisme du désir… Et cette limite structurelle est aussi structurante : on pourra donc étudier les conditions dans lesquelles elle se trouve parfois niée, et les effets que cette négation produit (par exemple, l’absence ou la transgression des interdits fondamentaux du meurtre et de l’inceste, avec les phénomènes de confusion identitaire, corporelle, qui les accompagnent, peuvent être théorisées en ce sens).

Il est cependant bien rare que cette asymétrie structurelle ne soit pas interprétée en termes économiques, idéologiques, politiques… Il faut donc prendre en compte aussi la dimension du pouvoir, de la reconnaissance ou non de l’autre, de la légitimité des différentes places. Dans cette perspective, la relation asymétrique est conçue comme essentiellement marquée par l’inégalité. Qu’on l’envisage comme un effet inéluctable ou comme une perversion de la dissemblance des places, cette dimension regroupe les réflexions liées à la hiérarchie (dans les organisations, entre groupes sociaux…), et aux inégalités sociales et politiques avec leurs effets psychologiques, de plus en plus préoccupants dans un contexte de précarisation généralisée sur le plan économique (effondrement des classes moyennes par exemple) et de fragilisation des liens sociaux et intersubjectifs (du divorce à la « nouvelle pauvreté »)… Sous-tendues par des critères de normativité, ces inégalités contribuent à produire, reproduire et valider une définition de la norme : il y a toujours une relation étroite entre la normalité (avec ses effets structurants mais aussi contraignants et dans certains contextes mutilants) et l’appartenance à un groupe reconnu et légitime.

Cependant, on peut aller plus loin : l’asymétrie des relations n’est pas seulement une conséquence de la manière dont les sociétés et les sujets interprètent les dissemblances, elle est aussi un facteur originaire dans les processus de différenciation, de catégorisation et de construction identitaire. Dans cette perspective, on pose et on étudie la construction sociale des catégories qui fonctionnent comme modèles identificatoires. Le spectre des réflexions auxquelles conduit cette problématique est large, depuis la réflexion sur le fonctionnement des stéréotypes et des biais cognitifs qui informent les représentations sociales, jusqu’à l’idée que le genre ou la race, comme la classe sociale, ne sont pas des différences constatables et éternelles, mais plutôt (dans une perspective universaliste) le produit de processus sociaux de différenciation aux fonctionnements repérables et articulés à la question du pouvoir : il s’agit toujours de reconnaître les processus d’altérisation (lorsqu’un groupe social est relégué à la position de « l’autre ») : dans le champ du genre, on peut citer des idées comme « masculin général, féminin particulier » ou « individu dominant, groupe dominé » ; dans une autre perspective, ce sera notre souci de ne pas construire l’identité culturelle comme une différence figée, irréductible, univoque. Cette approche permet de prendre en compte la conflictualité des identifications des sujets dans toutes les cultures.

L’étude des pratiques et discours institutionnels, et spécialement ceux de la justice et des médias, est une ligne de recherche tout à fait fondamentale pour mieux comprendre comment se construisent les catégories pertinentes de  notre société.

Les relations asymétriques sont caractérisées à la fois par une dynamique de conflictualité et par l’omniprésence des liens intersubjectifs qui les traversent. La dimension de la conflictualité comprend aussi bien les conflits inter-groupes, tant sur la scène publique que sur la scène privée, que les conflits internes du sujet partagé dans ses identifications et ses désirs (le problème de l’issue violente du conflit, et les conditions qui permettent ou non au sujet de vivre sa conflictualité au niveau interne, étant bien sûr un enjeu crucial de la question). Corrélativement, la dimension du lien intersubjectif comprend d’une part l’étude des interactions, et surtout, de façon plus précise, celle des processus de négociation, d’écoute, d’alliance ou de pacte, de co-construction de théories ou d’actions entre acteurs sociaux (qui s’envisagent avant tout comme des sujets humains) ; mais elle engage aussi une interrogation sur la psychopathologie du lien à autrui, et sur les processus de déliaison qui menacent les sujets. Bien entendu, les relations amoureuses, amicales, familiales, donnent un exemple particulièrement éclairant de ces mouvements complexes, mais on pourrait aussi les développer à travers la relation de soin, ou encore la relation hiérarchique.

Enfin, cette approche comporte aussi, et de façon tout à fait fondatrice, la dimension de l’éthique. Cette psychosociologie correspond à une certaine conception de la fonction du psychologue dans le monde : au service des hommes plutôt que de l’économie, au service de l’organisation mais seulement en tant qu’elle sert aux hommes, au service des processus de liaison, le moins dupe ou complice possible des manœuvres d’emprise, de domination, d’aliénation, qui régissent l’essentiel des rapports sociaux et des relations affectives… Une position, en somme, essentiellement critique…

La notion d’asymétrie constitue donc essentiellement une grille de lecture permettant d’articuler, au lieu de les opposer, analyses sociologiques et analyses cliniques.


mise à jour le 28 avril 2016



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